Dear Diary

Un petit bout de Carpe Diem

Profiter de chaque jour

J’ai mis deux heures et demi pour rentrer chez moi ce soir. Pas de train, pas de bus de substitution, bus normal qui se fait attendre, dans le froid, qui arrive et se remplit en moins d’une minute, trajet serrés comme des sardines. Deuxième bus, correspondance sous la pluie, une demie heure à se dire qu’on aurait plus vite fait à pied. Troisième bus qui se fait attendre, encore, mais moins que les autres. Et rentrer, enfin.

En même temps, comparées au conducteur qui s’est fait agressé à Paris Saint Lazare, raison de cet arrêt de travail, mes galères ne sont que peu de choses. Et puis (attention, je vais faire ma vieille qui a tout vu) quand on a vécu la Grande Grève de 95 (oui, elle mérite des majuscules) le reste, c’est un parcours de santé. Aucun train en Île de France, on se levait à 5h pour prendre un car qui nous déposait à Gare du Nord et j’allais à pied jusqu’à Denfert, où j’étais étudiante. Et c’était un décembre avec de la neige.

Je me souviens, en remontant le soir, je m’étais arrétée une fois chez Fauchon, place de la Madeleine, prendre un chocolat chaud. C’est bon, c’était chaud, j’avais les pieds frigorifiés mais je traversais un Paris blanc et silencieux, emmitouflée dans le Barbour piqué à mon père. C’était une aventure, ça aurait pu être horrible mais j’ai vécu ça comme une petite aventure, moi en mini Indiana Jones affrontant l’adversité le sourire aux lèvres.

Et dans les bus l’ambiance était bonne finalement. On riait de la situation, parce que quoi qu’on fasse, on était coincés là de toute façon. Crier ou râler  n’aurait pas fait apparaître des trains comme par magie.

Avant qu’il n’y ait plus du tout de train, il y en avait quelques uns, la situation avait empiré en 3 semaines, une étape après l’autre jusqu’à la fermeture totale des gares et des stations de métro. Qu’est ce qu’on était serrés dans ces rares trains. Mais une fois encore l’ambiance était bon enfant. Et depuis, aussi serré qu’on soit dans un train aux heures de pointe, je sais que rien ne détrônera jamais décembre 1995 et je souris, plongé dans mes souvenirs, consciente d’avoir vécu pire, alors qu’autour les mines s’assombrissent.

Décembre 95 reste un peu comme un secret partagé par ceux qui étaient là, qui nous rend spéciaux, connectés. C’est un peu bêta peut-être mais ça me fait sourire alors c’est tout ce qui compte.

Aujourd’hui, je n’avais plus de batterie, plus de musique pour me distraire et froid aux pieds, je vous ai dit à quel point j’avais eu froid aux pieds ? Oui. Bien. Et bien ça n’a pas empêché mon esprit de vagabonder et de trouver une mini histoire à écrire. A écrire debout collée à la foule qui attendait le bus (le premier), avec un stylo qui n’aime pas être tenu horizontalement et un carnet qui se couvrait de gouttes de pluie au fil de l’attente. Ecrire quoi qu’il arrive.

Quoi qu’il arrive, trouver comment transformer un obstacle en création, un négatif en positif, et rentrer chez soi le sourire aux lèvres malgré tout.

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Une réflexion au sujet de « Un petit bout de Carpe Diem »

  1. J’aime beaucoup cet article. Ma première réaction a été « argh, la région parisienne… » (sous-entendu : je ne pourrais plus jamais y vivre), et puis, finalement, même si je n’ai pas vécu la grève de 95 et ne peux que me l’imaginer, ça m’a quand même rappelé des souvenirs, des bons souvenirs… Vivre sa petite aventure solitaire, se dire que personne, à ce moment précis, ne sait exactement où l’on est, ça m’a toujours procuré un sentiment de liberté inégalé. Et écrire des histoires dans ma tête quand je suis forcée d’attendre (ou quand je n’arrive pas à dormir, ou quand la marche est longue) est l’un de mes passe-temps favoris ! 🙂

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