Culture, Voyage & Curiosités

{cinéma} Jupiter Ascending

jupiter-ascending

J’ai décidé d’aller voir Jupiter parce que Channing Tatum.

Et des vaisseaux spatiaux. Et parce qu’il n’y avait pas d’autre film catégorie “ni sinistre ou déprimant” à l’affiche. Mais d’abord Channing Tatum.

Et je ne parle pas de son physique, qui certes ne gâche rien mais ne fait pas tout. Non moi Channing Tatum je l’aime beaucoup en tant qu’acteur, capable d’une délicatesse pas assez exploitée, et ce depuis L’Aigle de la 9ème légion. Que j’étais allé voir pour Jamie Bell. Bref.

Parfois ça marche d’aller voir un film pour un acteur ou un réalisateur, ou trente secondes de bande annonce.

Parfois, non.

De quoi ça parle : D’une fille à la vie un peu pourrie qui découvre qu’elle a un destin extraordinaire mais qui la met en danger. D’un homme au passé sombre mais au coeur d’or, au courage d’acier et aux bottes volantes.

Mon avis en moins de dix mots : Niais et ridicule. Mais Channing Tatum.

(Il y a quand même des trucs positifs)(voir au début et en fin de billet)(mais pas au milieu)

[attention, spoilers ci-dessous]

Au départ

Au départ, il y a de bonnes idées. Des planètes mystérieuses, cette famille qui dirige l’univers, mis en parallèle avec les terriens qui pensent eux être les maîtres du monde, la quête de l’éternelle jeunesse. J’ai beaucoup aimé le principe des êtres génétiquement modifiés, qui n’a pourtant rien de révolutionnaire mais qui fonctionne, qui donne ce côté science fiction ancré dans un certain réalisme et qui permet de leur donner des pouvoirs aux personnages en évitant la lourdeur d’un monologue d’explication.

Comme la génétique explique l’implication de l’héroïne, Jupiter Jones dans tout ce micmac, le film évite le déjà vu de l’enfant adoptée, des parents royaux obligés de se séparer de leur descendante en l’envoyant sur une autre planète. Le film en profite du coup pour aborder aussi le “un individu ne se définit pas par ses gènes”, j’ai bien aimé.

Trop d’idées ?

Le problème pour moi c’est cette impression que les scénaristes ont eu trop d’idées et n’ont pas voulu faire de choix, en sacrifier certaines pour rendre l’histoire plus claire. Inventer un univers entier, des normes, des races, des planètes c’est super cool, encore faut il laisser le temps au spectateur de le comprendre et ne pas le submerger. Le temps d’apprécier le spectacle avant de tout faire exploser.

Visuellement

Trop d’explosions, trop de courses poursuites où tu ne vois même plus qui fait quoi tellement ça va vite, tu n’a pas le temps de comprendre qui meure ou pas. La musique est trop pesante, pompier, assourdissante, elle dicte ce qu’on doit ressentir sans laisser l’occasion à l’image ou aux actions des personnages de faire ça eux même. Trop de bruit, trop de mouvement à l’écran.

Honnêtement je comprends la recherche esthétique de tout ça. D’un côté le clinquant et le doré du monde dirigeant, le propre et la netteté des maisons où travaille Jupiter. De l’autre le noir et le sombre du peuple, d’un peuple asservi sans le savoir, les repas de famille bruyants et les ruelles crasseuses. Et au milieu les couleurs des chasseurs de primes qui n’ont pas d’autre camp que leur propre intérêt. C’est codifié, reconnaissable.

Je ne sais pas si j’aime, d’ailleurs, c’est presque trop facile. Le beau est ennemi, injuste, meurtrier, une classe dirigeante hautaine et égoïste. Le rugueux est rebelle, torturé, protecteur. Le bariolé est à la solde du plus offrant.

Et l’image n’atteint même pas la beauté de Cloud Atlas. Je n’avais certes pas été émue par Cloud Atlas mais impossible d’en ignorer la beauté visuelle, la réalisation minutieuse pour que les histoires s’emmêlent et se démêlent au-delà des siècles.

L’image dans Jupiter est violente, agressive, en cela elle sert le propos du film, illustre les luttes qui déchirent une famille et déteignent sur la galaxie, mais elle fait surtout mal aux yeux et mal au crâne.

Les personnages

Les personnages sont trop clichés. L’héroïne est ingénue, le héros paria, les méchants riches et puissants, l’ami traître-mais-qui-a-une-bonne-raison… que du vu et revu.

Jupiter est nunuche. Elle est extrêmement passive, pour un film d’action c’est embêtant, elle est à peine curieuse, elle découvre un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence et ne pose quasiment pas de questions. Il faut attendre que Stinger l’appelle TROIS FOIS “votre majesté” et évoque la royauté DEUX FOIS pour qu’elle demande enfin vaguement ce qu’il veut dire. Caine lui explique deux trois trucs sur ces autres planètes et elle accepte le vocabulaire (moi même avec des sous titres j’avais du mal à comprendre), elle accepte et elle retient et semble comprendre le mode de fonctionnement de cet univers en un claquement de doigts. Elle montre peu d’émotions, réagit de façon assez neutre à ce qui l’entoure et du coup pour moi impossible de m’attacher à elle et donc de me soucier de ce qui peut bien lui arriver.

Je crois que le fait que Mila Kunis soit particulièrement inexpressive la majorité du temps n’a pas vraiment aidé non plus.

La relation entre Caine et Jupiter elle même est nunuche et courue d’avance à tel point que le scénario ne se donne même pas la peine de la construire. Une demoiselle en détresse rencontre un héros tourmenté, selon les normes hollywoodiennes on part du principe que le public sait qu’ils sont là pour tomber éperdument amoureux. Le film passe donc de ils ne se connaissent pas à BAM ils sont amoureux, sans aucune progression, aucune subtilité. Jupiter est automatiquement amoureuse de cet inconnu, et lui d’elle, mais ce n’est pas joué comme un coup de foudre, plutôt comme un fait, balancé par le scénario.

C’est tellement cliché que ça serait drôle si c’était pas à pleurer. C’est en fait méga barbant et bordeline sexiste.

Et surtout, une relation Caine et Stinger aurait été dix fois plus intéressante, avec eux on a tout, le passé partagé, les secrets, les trahisons, les retrouvailles houleuses, tout pour bâtir une superbe romance, tout en laissant la place pour faire de Jupiter un personnage féminin qui n’a pas besoin d’âme soeur pour exister, qui a d’autres chats à fouetter et suffisamment de tentatives d’assassinat à déjouer pour ne pas s’ennuyer pendant 2h30.

Tout le monde n’est pas fait pour écrire de la romance

En plus de ça les dialogues des scènes romantiques entre Jupiter et Caine sont d’un cucul la praline … Rien à sauver ou presque. Moi qui passe et repasse sur les dialogues que j’écris pour de simples fanfics, pour qu’ils sonnent juste, je n’oserais JAMAIS utiliser ce genre de phrases. Dialogues dignes d’un soap opera, pour faire passer des émotions sorties de nulle part. L’inverse du “show don’t tell”. Je crois que la fausseté des dialogues est malheureusement le reflet du manque de construction de la relation amoureuse et de l’absence totale d’alchimie entre nos deux héros.

Alors que les dialogues entre Caine et Stinger, entre souvenirs, affrontements et pardon, tout sonne juste entre eux.

Les autres personnages ? Les 3 héritiers royaux sont assez superficiels. C’est le but, j’en ai conscience mais … je suppose que j’en ai marre, du superficiel et du cliché ? Avec une mention spéciale pour le personnage d’Eddy Redmayne, ridicule d’un bout à l’autre. L’acteur le joue parfaitement hein, mais c’est quand même ridicule. Je sais je me répète mais ça ne mérite pas mieux.

Message et déjà vu

Une classe dirigeante super bien fringuée, qui manipule le peuple tout en souriant, une Cendrillon moderne balancée dans un monde trop grand pour elle mais qui est le dernier espoir du monde/de son clan et troque sa serpillière pour une robe étincelante, c’est tellement simpliste, tellement la même histoire que tous les films un peu science fiction qui sortent ces derniers temps, non ? Je sais que toutes les histoires se répètent mais j’attendais mieux de la part des Wachowski.

Tout n’est pas à jeter quand même, si ?

Ce que j’ai aimé risque de pas vous parler, parce que c’est lié au personnage de Caine et son ADN de loup, et que moi on me parle de loup, je fonds, la faute à Teen Wolf. Tout le passage sur le loup sans meute, perdu, qui doit se blinder pour survivre, m’a énormément plu. Le personnage en lui même est intéressant, secret, sombre, je m’attendais à ce qu’il se sacrifie pour que Jupiter vive, d’ailleurs (encore la faute de Teen Wolf). Et ses bottes qui le font évoluer comme s’il patinait sur de la glace, une grâce divine à regarder.

Et les abeilles, si, j’ai aimé les abeilles, c’était peut-être un peu facile comme message pour rappeler que les abeilles sont en voie d’extinction et qu’il faudrait penser à les sauver, en leur donnant cette capacité à reconnaître la royauté, mais j’ai surtout trouvé ça beau à voir et poétique.

Mais c’est à peu près tout ce qui m’a plu. Ah si, l’idée que les Wachowski ont quand même dû bien se faire plaisir à faire ce film, à y mettre tout ce qu’ils voulaient y mettre, à claquer leur budget comme ils l’entendaient, ça, ça me réjouit. A 130M$ le grand n’importe quoi, j’espère vraiment que ça leur a plu.

En résumé

Je suis allée voir un film pour Channing Tatum, j’ai aimé Channing Tatum. Mais pas tout le reste. Dommage.

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begeek

 

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