Dear Diary

Un dimanche au coeur lourd

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J’avais prévu une soirée tranquille. Rentrer de Lyon, manger les restes de raclette rapportés de là bas, rattraper une série ou deux, préparer un article pour raconter mon petit séjour.

J’ai allumé la télé, rebranché internet, mis de l’eau à chauffer pour les pommes de terre, récupéré mes séries en ligne, soigné mon tatouage.

Et puis un premier tweet, pas clair, qui aurait pu faire référence à n’importe quoi, à des ennuis personnels. Mais un second, d’autres, le sentiment qu’il se passe quelque chose, et que c’est moche, et j’ai zappé sur les chaînes d’info.

Petit à petit, la réalisation de ce qui se passe vraiment. Une inquiétude, une peur d’abord générale, une colère aussi.

Et puis, une fois qu’on commence à en savoir plus, la peur devient plus personnelle.

Et si un de mes proches …

Et si mon collègue qui aime le rock, ma collègue qui aime boire des verres en terrasse, et si ma mère qui sort rarement avait pour une fois décidée de… et si mes amies, mes amis, et si, merde, merde merde merde merde merde tellement de peur et les larmes et l’angoisse, au fond du ventre.

Les tweets rassurant pour moi, les avis de recherches qui se multiplient et à mesure que le nombre des victimes augmente, sentir que ces messages finiront dans le vide ou les larmes.

Et quand la prise d’otage se finit, quand les chiffres tombent, la certitude que ces visages, ces personnes recherchées sont sans doute sous un drap et ne se relèveront pas. Qu’on a vu, avant les autres, des avis de décès. Que les avis de recherches se transformeront en avis de décès.

J’ai lu la liste des victimes, en pleurant pour elles et ceux qui les pleurent, égoïstement soulagée de n’y reconnaître personne. Il y a toujours des inconnus et j’ai toujours cette crainte que demain le bureau d’un de mes collègues reste vide.

Je leur ai préparé un flan aux pommes pour demain midi, parce qu’il n’y a pas grand chose de plus à faire, parce qu’un peu de douceur sucrée ne fera pas de mal.

Je vous envoie des baisers et des câlins et j’espère que où que vous soyez, vous allez bien.

*

I had a quiet evening planned, coming back from Lyon. Eat french cheese grilled on hot potatoes (a typical French meal called raclette), catch up on a tv show or two, prepare a blog post to tell you about my short trip.

I turned on the tv, switched on internet, put water to boil to cook the potatoes, found my tv show files, took care of my tattoo.

Then a first tweet, unclear, that could have been about anything, personal problems for example. But a second one, then more and that feeling that something was going on, something ugly, and I switched to news channels.

Slowly the realization of what was truly going on. Worry, a fear at first global, anger too.

Then as we started to learn more, the fear became more personal.

What if someone I know…

What if my coworker who loves rock music, my coworker who likes to go out in Paris for drinks, what if my mom who rarely goes out had just this once decided to… and my friends, what if, shit, shit shit shit shit shit so much fear and tears and anxiety, deep inside of me.

Reassuring tweets for me, and tweets searching for missing people that multiplied by the minute as the number of victims rises, and feeling that those messages will end up unanswered or in tears.

And when the hostage situation ends, when the numbers are known, the certainty that those faces, those people we saw in the search tweets won’t stand up again. That search notices are going to turn into death notices.

I read the names of the victims today, crying for them and those who lost them, selfishly relieved as I didn’t recognize any of them . There are still John and Jane Does though and I’m still worried that tomorrow one of my coworker’s desk stays empty.

I baked apple flan for those who’ll be there tomorrow, because there’s not much else to do, because something sweet won’t hurt.

I’m sending you kisses and hugs and hope wherever you are, you’re okay.

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